Télétravail et établissement stable en Espagne
Le télétravail peut entraîner la création d’un établissement stable en Espagne lorsqu’un salarié ou un dirigeant travaille depuis ce territoire pour une entreprise étrangère.
La question centrale est de savoir si le domicile du salarié peut constituer un lieu d’activité économique.
Les Commentaires actualisés de l’OCDE apportent des précisions à cet égard.
Pour une compréhension globale de la notion et des conditions juridiques de l’établissement stable, vous pouvez consulter notre analyse consacrée à l’établissement stable en Espagne : définition et critères.
Cas où le télétravail ne crée pas d’établissement stable
En principe, aucun établissement stable si :
- Le télétravail résulte d’un choix personnel
- L’entreprise dispose de bureaux à l’étranger
- L’utilisation du domicile n’est pas structurelle
- Le salarié ne conclut pas de contrats
Cas où un établissement stable peut être caractérisé
Un risque existe si :
- Le télétravail est imposé par l’entreprise
- Aucun autre bureau n’existe
- Le domicile est utilisé de manière stable
- Le salarié exerce des fonctions commerciales
Le rôle de l’agent dépendant
Même sans lieu fixe, un établissement stable peut exister si le salarié agit comme agent dépendant.
Cela inclut les situations où :
- Il conclut des contrats
- Il participe de manière déterminante aux négociations
- Il agit sous dépendance économique
Dans les structures numériques, où l’activité commerciale s’exerce à distance, un dirigeant ou un commercial opérant depuis l’Espagne peut constituer un établissement stable si ses fonctions dépassent des tâches internes ou auxiliaires et s’inscrivent directement dans le marché.
Les nouveaux critères de l’OCDE
Deux tests cumulatifs s’appliquent.
Le test des 50 % du temps de travail
Le travail exercé depuis le domicile est considéré comme pertinent lorsque le salarié y accomplit au moins 50 % de son temps de travail total pour l’entreprise sur une période de douze mois.
Un travail occasionnel ou intermittent n’est pas suffisant. Toutefois, même si le seuil de 50 % n’est pas strictement atteint sur un exercice donné, une continuité peut être retenue en cas d’utilisation stable sur plusieurs années.
Ce critère permet de distinguer les situations ponctuelles des modèles organisationnels structurels.
Le test de la raison commerciale
Une fois le critère temporel rempli, il doit exister une raison commerciale liée à l’activité.
Cette raison commerciale doit être en lien avec l’activité spécifique de l’entreprise et son fonctionnement sur le marché concerné. Des motifs tels que la seule conciliation vie professionnelle/vie personnelle, la rétention des talents ou la réduction des coûts ne sont pas suffisants si la localisation en Espagne ne présente pas de pertinence économique pour l’activité.
Peuvent en revanche constituer des raisons commerciales valables :
- La nécessité d’organiser des réunions avec des clients importants en Espagne
- L’identification et le développement d’opportunités sur le marché local
- Des contacts réguliers avec des fournisseurs stratégiques
- La coordination avec des entreprises associées ou des partenaires commerciaux situés en Espagne
Le nouveau paragraphe 44.17 des Commentaires propose une liste illustrative et non exhaustive de situations susceptibles de démontrer l’existence d’une telle motivation économique.
Analyse cumulative
Ces deux tests sont cumulatifs. En l’absence de raison commerciale suffisante, il n’existe pas d’établissement stable en Espagne, même si le salarié dépasse le seuil temporel. De même, l’existence d’une justification économique ne suffit pas si le travail exercé depuis le domicile demeure occasionnel ou marginal.
Conséquences fiscales
L’existence d’un établissement stable en Espagne implique :
- L’imposition au titre de l’impôt sur le revenu des non-résidents (IRNR) sur les bénéfices attribuables à l’établissement stable
- L’application du principe de pleine concurrence ainsi que des règles d’attribution des bénéfices prévues par les conventions fiscales internationales (CDI)
- Des obligations comptables et d’enregistrement spécifiques
- Des obligations de retenue à la source ainsi que des implications en matière de droit social
En outre, elle peut entraîner des risques de sanctions si la situation n’a pas été préalablement analysée et régularisée.
Planification fiscale internationale et prévention des risques
L’établissement stable en Espagne est devenu un élément central de la planification fiscale internationale.
La généralisation du télétravail transfrontalier impose :
- La révision des contrats de travail
- L’analyse des fonctions effectivement exercées
- L’évaluation de la politique interne de télétravail
- La coordination avec des conseillers fiscaux dans les deux juridictions
Une analyse préventive permet de limiter les risques fiscaux et d’éviter des contentieux avec l’administration fiscale.
Conclusion
L’établissement stable en Espagne ne peut plus être analysé uniquement à travers le prisme de la présence physique traditionnelle.
Le développement du télétravail structurel, des modèles numériques et la nouvelle interprétation de l’OCDE imposent une analyse détaillée et au cas par cas.
Si le télétravail ne crée pas automatiquement un établissement stable en Espagne, la combinaison d’une présence durable et d’une raison commerciale peut entraîner l’imposition en Espagne.
L’évaluation rigoureuse du risque d’établissement stable constitue aujourd’hui un élément essentiel de toute stratégie d’expansion internationale.
Foire Aux Questions
Non. Le télétravail n’entraîne pas automatiquement la création d’un établissement stable. Une stabilité dans le temps et une justification économique doivent être réunies.
Lorsqu’il est utilisé de manière structurelle, dépasse un seuil temporel significatif et résulte d’une décision de l’entreprise justifiée économiquement.
Selon l’OCDE, il est pertinent lorsque le salarié exerce au moins 50 % de son activité depuis son domicile sur une période prolongée.
Oui. Cela peut se produire si le salarié conclut des contrats ou joue un rôle déterminant dans leur négociation pour le compte de l’entreprise étrangère.
Elle est soumise à l’impôt sur le revenu des non-résidents (IRNR) sur les bénéfices attribuables à l’établissement stable, ainsi qu’aux obligations déclaratives correspondantes et, le cas échéant, à la TVA.
Au moyen d’une analyse juridique et fiscale préventive portant sur les fonctions réelles, le temps de travail en Espagne, la politique de télétravail et les relations contractuelles.
Votre entreprise compte-t-elle des salariés ou dirigeants travaillant depuis l’Espagne pour une entité étrangère ?
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