La légalisation du Cannabis en Espagne : une fausse bonne idée ?

La légalisation du cannabis en Espagne, comme dans de nombreux pays encore, reste un sujet sensible. Malgré une dépénalisation de plus en plus fréquente, elle reste au centre des préoccupations, partagée entre santé publique et impact économique, au point de bouleverser le débat social…

Bon consommateur ou citoyen inconscient ?

Longtemps reconnue comme une méthode alternative contre certaines maladies que la médecine classique ne pouvait soigner, des produits dérivés du cannabis (huiles ou autres graines) envahissent les growshops en ligne. De même que l’autorisation d’une culture à des fins personnelles, autorisée au sein de lieux appropriés et surveillés. Une consommation qui restait contrôlée et modérée. Pour autant, les usagers semblent en avoir décidé autrement. Troisième pays consommateur en Europe, l’Espagne se place juste derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne selon l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime et devient l’un des producteurs les plus importants de cannabis avec l’Italie. Un classement qui inquiète les experts en santé publique au regard des risques engendrés par une consommation excessive et incontrôlée.

Au regard d’une consommation toujours plus importante, le Département de santé de Navarre a réagi en proposant, en février 2019, une campagne sous le nom de El cannabis afecta a tu cerebro ¿Lo has pensado?. Les objectifs sont clairs : promouvoir un véritable débat social autour de la consommation de cannabis et des risques qu’elle comporte dans une volonté de la réduire significativement chez les plus jeunes. En effet, de nombreuses études ont montré l’impact d’une consommation quotidienne et excessive du cannabis, notamment sur la perte de mémoire et la baisse significative des facultés d’apprentissage. Si on pourrait croire le cannabis inoffensif, il est particulièrement dangereux chez les plus jeunes, il devient une réelle addiction et les ruptures de lien social sont fréquentes. Toutefois, la normalisation des habitudes de consommation demeure l’une des inquiétudes les plus importantes. Le Département de santé révèle que 39,5 % des 15-64 ans et 38,6 % des 14-18 ans l’ont déjà essayé. De même que les plus jeunes ont 14,5 ans lorsqu’ils fument pour la première fois. En d’autres termes, il existe une véritable habitude, bien ancrée dans la société espagnole d’aujourd’hui.

Quand la dépénalisation devient une aubaine économique

Une habitude dont l’économie pourrait bien profiter. En effet, des membres du gouvernement réclamaient, en octobre 2018, une étude gouvernementale quant à l’impact économique de la légalisation du cannabis. Ils proposent une dépénalisation sous le joug d’un contrôle étatique ainsi qu’une mise en place d’impôts permettant l’amélioration des services publiques et le développement de programmes de prévention. D’autres démontrent ainsi que l’Espagne pourrait obtenir 1,4 millions d’euros minimum de bénéfices avec 51 % d’impôts. Un argument en faveur du déficit budgétaire du pays, mais également pour contrer une véritable économie souterraine. La légalisation du cannabis permettrait non seulement d’imposer les consommateurs, mais également de créer de l’emploi et d’attirer des investissements. Les producteurs devraient ouvrir des sociétés, tout en embauchant et en payant des cotisations. Les États-Unis demeurent l’exemple le plus probant, lorsque ces derniers emploient entre 165 000 et 230 000 personnes tout en apportant des bénéfices à l’État.

Un autre argument en faveur de la dépénalisation réside dans la volonté de réduire la consommation. En effet, les dernières enquêtes montrent que 2,1 % de la population espagnole consomme du cannabis quotidiennement, particulièrement chez les plus jeunes. Une supervision étatique permettrait ainsi une meilleure prévention et un accompagnement vers un usage moindre.

En outre, si Michael Collins, directeur du Bureau national du Contrôle des Drogues à Washington, rappelle que l’Espagne deviendrait leader européen en cas de légalisation, la plupart des états membres n’ont pas encore autorisé la consommation du cannabis. Il est probable que la production soit destinée à un usage médical. Par ailleurs, la mise en œuvre d’impôts ne risque-t-elle pas d’encourager une production illégale ? La légalisation du cannabis n’est-elle pas une excuse pour accentuer la consommation ? Autant de questions qui demeurent encore sans réponses.

Laura Coursimault

Cet article ne relève pas du conseil juridique

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